Le choc de la coopération

Quand je regarde l’état du Monde et le compare aux principaux défis internes des entreprises, je présage deux avenirs differents. Ce sera soit le retour au totalitarisme, soit l’arrivée d’une nouvelle forme de coopération plus radicale, plus entière. Deux avenirs dans lesquels chacun de nous pouvons nous inscrire. Deux avenirs dans lesquels chaque organisation peut tracer sa voie et faire entendre sa voix. Il faudra choisir.

L’état du Monde aujourd’hui, vous le connaissez plus ou moins précisément. Crise climatique, montée du totalitarisme en Europe Asie comme Amérique, rejet des institutions démocratiques par des citoyens en colère, crise de l’énergie, crise diplomatique et guerres… Toutes ces phénomènes sont étroitement imbriqués les uns aux autres. Mon analyse porte sur la conclusion suivante : ces crises, par leur intensité, rapidité et durée, mettent sous tension la coopération humaine comme jamais auparavant dans l’histoire moderne.

Je vois l’ONU en grande difficulté pour traiter ces défis mondiaux. Et cela diffuse l’idée fausse que la coopération n’est finalement pas si efficace. Je regarde avec questionnement les COP s’enchaîner avec de belles intentions écologiques et si peu d’impacts. Gloire aux surenchères naïves qui discréditent souvent son fonctionnement! Cette organe de coopération écologique diffuse elle aussi l’idée fausse que la coopération est inefficace. Je regarde les G20 et G9 avec amertume dans leur incapacité à sortir de la compétition étatique pour traiter les tensions entre états. Un argument de plus aux envies de totalitarisme; la coopération aboutit à si peu de choses…

Les scientifiques nous le rappellent. Nous avons jusqu’à 2050 pour décider ensemble d’un changement de modèle face à la crise climatique. Le laps de temps pour réagir est extrêmement faible à l’échelle de l’Humanité. Quelles conséquences sur la coopération ? Soit nous avons 30 ans pour réapprendre à coopérer radicalement, nécessaire condition pour réinventer notre société. Soit nous allons nous tourner sur des moyens totalitaires pour tenter de survivre à ce défi.

Les tentations totalitaires refont surface dans toutes les formes d’organisation: de la Russie à Twitter. Après tout, à quoi bon coopérer des heures quand je peux décider seul pour tout le monde ? Cette pensée gangrène même nos modèles de collaboration. Gardons en mémoire que le confinement de millions de français fut décider par 4 hommes dans un bureau. Nous avons une fâcheuse tendance à oublier que le moyen et aussi important que la finalité. Le danger est de voir de pires erreurs qu’au siècle précédent…

Sauf qu’à parler coopération, sens du compromis, ou consensus, plutôt qu’à s’y exercer, nous n’en sortons pas gagnants. Coopérer s’apprend. Ce n’est pas un savoir inné, ni un savoir enseigné à l’école. Coopérer se crée. Il y a en effet bien plus de mécanismes de coopération que ceux utilisés par l’ONU, par les comités de direction, par nos démocraties et par nos organisations. Et ces mécanismes dépendent de l’expérience et des croyances des individus. Coopérer ne prend pas nécessairement plus de temps. Ce n’est pas décider systématiquement tous ensemble. Malheureusement, c’est lorsque l’on effleure des concepts sans y réfléchir, tels que la coopération, qu’on les utilise mal. Aucune exception à cette règle.

À contre-pied de ces phénomènes qui poussent lentement vers le totalitarisme, une envie généralisée de coopération se fait ressentir dans nos organisations et dans notre société. Vous avez sûrement dû observer différents faits; je vais vous en citer quelques uns. La vague de démocratie directe souhaitée par les peuples bien que ces derniers soient déstabilisés voire craintifs par un manque d’expérience (e.g. le référendum d’initiative populaire que les gilets jaunes avaient remis à l’ordre du jour politique). L’idéal de liberté des enfants qui sont nés avec internet et qui bousculent nos organisations et leur management (ce que les marchés théorisent la génération X, en oubliant les rêves oubliés des générations précédentes). La libération des cadres et des employés qui cherchent d’avantage de coopération et de responsabilités que de soumissions et de totalitarisme (e.g. les nouvelles formes d’entreprise, de l’Entreprise libérée en passant par les coopératives). Le retour des collectifs autonomes dans nos entreprises comme élément d’efficacité (e.g. le phénomène Agile ayant remis ce sujet sur la table). Tant d’exemples et d’évidences qu’il me parait inutile d’étayer davantage. A tord ?

Ce sera soit le retour au totalitarisme, soit l’arrivée d’une nouvelle forme de coopération plus radicale, plus entière.

Face à ces crises qui mettent au défi nos modèles de coopération et menacent d’un retour au totalitarisme, et face aux envies d’une coopération plus grande avec nos collègues, nos partenaires et nous-même, vers quel avenir souhaitons-nous aller ? Apprendrons-nous suffisamment vite à coopérer plus intensément qu’auparavant pour relever les défis de notre siècle ? Réussirons-nous à défendre les valeurs de coopération face à l’ennemi totalitaire ?

Faisons un choix en conscience.

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