Pourquoi nombres d’actions déraillent avant même d’avoir commencé

Il y a une frustration particulière dans le fait de s’investir à fond sur un livrable, de le peaufiner, de le présenter — pour finalement entendre en retour : « Ce n’est pas vraiment ce que je voulais. »

Du temps perdu. De l’énergie gâchée. Et souvent, une relation de confiance détériorée.

Ce qui est frappant, c’est que ça n’arrive pas à tout le monde. Certains collaborateurs semblent immunisés contre ces écarts d’attentes. Leurs livrables collent juste. Leurs projets avancent sans cet aller-retour épuisant. Pourquoi ?

Parce que ce n’est pas une question de hasard. C’est une question de compétence. Une compétence que vous aussi vous pouvez acquérir : la capacité à cadrer une demande.

Ce que cette compétence requiert

Combien de fois, par volonté de bien faire, nous projetons-nous dans l’action pour traiter la demande de notre client, de notre management, ou de nos collègues ?

Pour éviter de faire la mauvaise chose, il nous faut déjà ralentir. La pression du passage à l’action est toujours forte. Répondre vite donne l’impression d’être efficace. Poser des questions donne l’impression de ne pas savoir. C’est pourtant exactement l’inverse.

Combien de fois – souvent en laissant courir notre ego – pensons-nous savoir ce que l’autre a besoin, sans confirmer nos hypothèses ?

Pour éviter de faire la mauvaise chose, il nous faut apprendre à nous discipliner. Poser les bonnes questions en début de mission, c’est démontrer une maîtrise du sujet. C’est installer une posture de rigueur. C’est, surtout, éviter de livrer quelque chose d’inutile avec soin et ponctualité. Le cadrage prend du temps. Il en fait gagner beaucoup plus.

Le cadrage n’est pas un entretien de découverte, ou une réunion de lancement. C’est quelque chose de plus fondamental. Cadrer une demande, c’est l’étape préalable à toute ébauche de réponse, de solution ou de passage à l’action. C’est le moment où vous refusez délibérément de démarrer, tant que vous n’avez pas saisi les composants fondamentaux et invariants de ce qui vous est demandé.

Le modèle systémique à reconstituer

Derrière chaque demande, il y a une structure cachée. Votre travail consiste à la rendre visible avant d’agir. Voici les éléments à reconstituer :

Le déclencheur : comprendre l’origine change souvent la nature de la réponse attendue.

L’objectif de niveau supérieur : la demande de niveau n est rarement la finalité. Elle sert quelque chose de plus grand. Identifier ce « n+1 » (voir « n+2 » et « n+3 ») vous permet de proposer des solutions que votre interlocuteur n’aurait pas envisagées.

Les résultats attendus : pour évaluer les actions et livrables que vous aurez produit du point de vue du demandeur.

Les acteurs influents : pour tenir compte des acteurs qui gravitent autour de l’objectif de niveau supérieur, ceux qui peuvent bloquer, saboter ou accélérer.

Les relations entre acteurs : les relations d’alliance et de tension ne figurent dans aucun organigramme. Ils conditionnent pourtant l’exécution.

Les enjeux de chacun : ce que les parties prenantes ont à gagner ou à perdre détermine leurs comportements qu’ils sont susceptibles d’adopter face à la nouvelle tentative de solution.

Les contraintes et ressources : ce qui est interdit et ce qui est disponible pour agir.

Les actions déjà tentées : pour éviter de répéter les mêmes erreurs.

Les évolutions prévisibles : pour tenir compte de ce qui s’annonce, pas seulement de ce qui est.

Checklist d’un bon cadreur

Voici les questions à poser pour cadrer la prochaine demande que vous recevrez. Ces questions ne sont pas à poser mécaniquement : elles structurent une conversation de cadrage que vous guidez.

  1. Qu’est-ce qui vous a amené / provoqué à cette demande ?Déclencheur
  2. [Demande] vous permettra de faire / d’obtenir / de réaliser quoi ?Objectif n+1
  3. À quoi verrez-vous que [objectif n+1] est atteint ?Résultats attendus
  4. Quels sont les acteurs qui pourraient s’opposer à l’atteinte de [objectif n+1] ?Acteurs influents
  5. Comment se passent les relations entre [tel acteur] et [tel autre] ?Relations récurrentes
  6. Qu’est-ce que [les personnes concernées par l’objectif n+1] ont à gagner ou à perdre ?Enjeux des acteurs
  7. Existe-t-il des contraintes à respecter ? De quoi disposez-vous pour avancer sur [objectif n+1] ?Contraintes et ressources
  8. Qu’a-t-il été tenté à votre connaissance sur [objectif n+1] ?Actions déjà tentées
  9. Voyez-vous des évolutions dont nos propositions devraient tenir compte ?Évolutions prévisibles

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Pour aller plus loin

Vous intervenez sur des missions complexes et le désalignement initial vous coûte du temps et de la crédibilité ? Parlons-en. Prendre contact

Cette approche est issue des travaux de Dominique Bériot sur l’approche systémique appliquée au Management dont son livre L’art de cadrer une demande. Je vous le recommande chaleureusement sa lecture.


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